Le ciel sur terre

Si vous aviez visité Paris, Barcelone, Londres, New York ou Berlin au XIXe siècle, ces villes marquées par la modernité, il est assez probable qu’un soir de sortie vous eussiez assisté à un spectacle d’astronomie. L’implication massive dans les sciences y allait crescendo. Des démonstrations en public, des conférences dans des amphithéâtres académiques et des observatoires, dans l’espace public, dans des théâtres et des opéras étaient abondamment proposées au public urbain. Ces événements associaient souvent des modalités théâtrales, des instruments optiques, des dispositifs mécaniques, des tableaux transparents mobiles et des lanternes magiques. Ces conférences spectacles mariaient des préoccupations terrestres et célestes, livrant des récits cosmologiques qui introduisaient au passage le thème de la place de l’humain, du progrès et de la technologie dans un monde en évolution rapide. Les témoins insistaient souvent sur la sensation de miracle, un état intellectuel et émotionnel suscité par les démonstrations qui transformaient les découvertes scientifiques et technologiques en spectacles. Comme pour bon nombre de ces attractions du XIXe et du début du XXe siècle – musées de cire, panoramas ou expositions universelles –, la distinction entre divertissement sensationnel et démonstration scientifique était souvent difficile à établir et générait des débats. L’attrait des spectacles astronomiques n’a pas décliné au XXe siècle, ils ont simplement adopté de nouvelles formes lorsque les premiers planétariums en dôme aux projections hémisphériques ont commencé à apparaître en Allemagne dans les années 1920. Ces nouveaux théâtres d’étoiles étaient salués avec admiration et respect et à ce jour, ils attestent de la vive appétence du public à la fois pour le mythe (autour de constellations d’un âge immémorial) et le progrès. Dans ces lieux, les auditoires se plongeaient dans les sciences, la technologie et l’univers ; la modernité surmontait les contradictions de son temps. Depuis le XIXe siècle, le planétarium est l’endroit ultime où l’humanité cartographie sa relation avec les étoiles et les galaxies. L’architecture du planétarium est élaborée avec un objectif clair : offrir un abri à la co-habitation de faits scientifiques et de fables magiques. Le planétarium est un des rares lieux où faits et fictions ne s’anéantissent pas, mais avancent ensemble. Dans un planétarium, on observe un ciel artificiel, le ciel sur terre, l’intérieur d’un dôme ou une demi-sphère, et cette ancienne disposition théâtrale incite le visiteur à revoir et redéfinir sa position dans le cosmos, qui est outrageusement réelle. La façon dont nous décrivons une constellation reflète notre relation matérielle à la Terre. Mais cela fonctionne aussi en sens inverse, par le pouvoir des mythes et fables archaïques : en redessinant et reformulant nos relations cosmologiques, nous pourrions parvenir à réajuster nos conditions matérielles.

PARS

Le spectacle a pris corps en dialogue avec un réseau de recherche qui porte le nom de PARS (Performing Astronomy Research Society). Cette initiative réunit un groupe interdisciplinaire de chercheurs internationaux actifs dans les sciences humaines, les sciences sociales et les sciences exactes, ainsi que des artistes, des techniciens visuels et des professionnels de planétarium qui étudient l’histoire, l’état actuel et à venir de spectacles astronomiques populaires. Combinant recherche académique et médiation professionnelle et artistique, PARS se consacre à l’analyse d’un lieu où les cultures spatiales et visuelles de la modernité étaient (et sont toujours) élaborées et expérimentées à l’intersection de la science, de la technologie et du spectacle. Nous observons la performance, les caractéristiques matérielles et technologiques de spectacles astronomiques, leurs contextes sociaux et culturels, mais aussi la perception et le vécu de publics divers. Nous explorons les manières dont les expériences partagées de spectacles astronomiques contribuent à encourager, dans les villes de la modernité par excellence et au-delà, de nouveaux sens du collectif et du monde.

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